Lugares  
    Personajes  
    Mapas  
    Temático  
 

 

crónica de Guillaume le Breton

“volver a "Château - Gaillard”

 

El extracto que se presenta es de la obra de Guillaume le Breton (hacia 1160-1226), capellán desde 1290 del rey de Francia Philippe II Auguste. Fue enviado en varias embajadas a Roma por el Rey. Es autor del poema « La Philippide » y de « Gesta Philippi Augusti » que son testimonios objetivos de las campañas militares del Rey, que escribe después de la famosa batalla de Bouvines (1214).

[...] « La roche de Château-Gaillard cependant n’avait point à redouter d’être prise par les assiégeants, tout à cause de ses remparts, que parce qu’elle est environnée de toutes parts de vallons, de rochers taillées à pic, de collines dont les pentes sont rapides et couvertes de pierres, en sorte que, quand même elle n’aurait aucune autre espèce de fortifications, sa position naturelle suffirait seule pour la défendre. Les gens du voisinage s’étaient donc réfugiés en ce lieu, avec tous leurs meubles, afin d’être plus en sûreté. Le roi, voyant bien que toutes les machines de guerre et les assauts ne pourraient lui permettre de renverser, à quelque prix que ce fût, et quelque peine qu’il dût lui coûter, à s’emparer de ce nid, dont toute la Normandie est si fière.

Le roi donc commanda de creuser en terre un double fossé sur les pentes des collines et à travers les vallons, de façon à envelopper entièrement l’enceinte de son camp d’une barrière infranchissable, faisant, à l’aide de plus grands travaux, conduire ses fossés depuis le fleuve jusqu’au haut de la montagne, qui dresse sa cime vers les cieux, comme pour mépriser les remparts qu’elle domine, plaçant ainsi ses fossés à une grande distance des murailles pour qu’une flèche, lancée vigoureusement d’une arbalète, maniée à deux pieds, ne puisse y atteindre qu’à grand peine. Puis entre ces deux fossés, le roi fait élever une tour en bois et quatorze ouvrages du même genre, tous si bien construits et si beaux que chacun d’eux pouvait servir d’ornement à une ville, et disposés en outre de telle sorte, qu’autant il y a de pieds de distance entre la première et la seconde tour, autant on en trouve encore entre la seconde et la troisième. Toutes les autres tours sont faites de même et séparées d’intervalles égaux.

Après avoir rempli tous ces tours de servants et de nombreux chevaliers, le roi garnit de troupes tous les espaces vides, et sur toute la circonférence, disposant des sentinelles, de sorte qu’elles veillent toujours, en alternant grâce aux relèves. Les assiégeants s’appliquèrent alors, selon l’usage des camps, à se construire des cabanes avec des branches d’arbres et de la paille sèche, afin de se mettre à l’abri de la pluie, des frimas et du froid, puisqu’ils devaient demeurer longtemps en ces lieux.

Or, comme il n’y avait qu’un seul point par où l’on pût arriver vers les murailles, en suivant un sentier tracé obliquement et qui dessinait diverses sinuosités, le roi voulut qu’une double garde veillât nuit et jour et avec le plus grand soin à la défense de ce point, afin que nul ne pût pénétrer de l’extérieur dans le camp et que personne n’osât faire ouvrir les portes du château et en sortir sans être aussitôt tué ou pris vivant. »

* * *

 

(…) «  A l'extrémité de la Roche et dans la direction de l'est était une tour élevée, flanquée des deux côtés par un mur qui se terminait par un angle saillant, au point de sa jonction. Cette muraille se prolongeait sur une double ligne depuis le plus grand des ouvrages avancés et enveloppait les deux flancs de l'ouvrage le moins élevé. Or voici par quel coup de vigueur nos gens parvinrent à se rendre d'abord maîtres de cette tour. Lorsqu'ils virent le fossé à peu près comblé, ils y établirent leurs échelles et y descendirent promptement. Impatiens de tout retard, ils transportèrent alors leurs échelles vers l'autre bord du fossé, au-dessus duquel se trouvait la tour fondée sur le roc. Mais nulle échelle, quoiqu'elles fussent assez longues, ne se trouva suffisante pour atteindre au pied de la muraille, non plus qu'au sommet du rocher, d'où partait le pied de la tour. Remplis d'audace, nos gens se mirent alors à percer dans le roc avec leurs poignards ou leurs épées, pour y faire des trous où ils pussent poser leurs pieds et leurs mains, et se glissant ainsi le long des aspérités du rocher, ils se trouvèrent tout-à-coup arrivés au point où commençaient les fondations de la tour. Là, tendant les mains à ceux de leurs compagnons qui se traînaient sur leurs traces, ils les appellent à participer à leur entreprise ; et, employant des moyens qui leur sont connus, ils travaillent alors à miner les flancs et les fondations de la tour, se couvrant toujours de leurs boucliers, de peur que les traits lancés sur eux sans relâche ne les forcent à reculer, et se mettant ainsi à l'abri, jusqu'à ce qu'il leur soit possible de se cacher dans les entrailles même de la muraille, après avoir creusé en dessous. »