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la complainte du roi de Navarre

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ver reliquia del corazón de Teobaldo II de Navarra

 

Pitié m'enseigne une complainte
sur un homme qui avait au bord de la Seine
et de la Marne maintes maisons.
Nul n'est jamais parvenu à la perfection
où il serait parvenu, sans la mort
qui, quand il est revenu, l'a mordu :
c'est le roi Thibaud de Navarre.
Sa mort a bien jeté le trouble
sur tout son royaume et tout son comté
à cause des vertus que de lui on contait.
Quand le roi Thibaud vint dans sa terre,
ils furent nombreux à lui faire la guerre
et à multiplier contre lui les attaques,
si bien qu'il n'avait pas de proche
qui n'en fut affligé.
Mais, je puis vous l'affirmer sous serment,
s'il n'était pas mort prématurément,
le meilleur de nos contemporains
aurait souhaité lui ressembler,
car personne au monde
ne mena une vie aussi pure et aussi remplie.
Généreux, distingué, sans nulle tache,
plein de valeur à la guerre comme au repos :
tel était celui que la mort nous a ôté.
Je ne crois pas qu'un meilleur chrétien,
jeune ou vieux,
soit resté après ce jour dans l'armée.
Et je crois que Dieu ne l'a pas exclu
d'entre les saints, mais qu'il l'y a mis au contraire,
car il a toujours été l'ami
de l'Eglise et des religieux.
Combien la mort mérite de reproches
pour avoir mordu un si noble morceau !
Depuis longtemps elle n'avait mordu homme si éminent.
Il ne se passera plus de jour que ne s'en plaignent
la Navarre, la Brie, la Champagne.
Troyes, Provins et les deux Bar,
vous avez perdu votre manteau,
c'est-à-dire votre protection.
Vous avez entamé votre déclin,
puisque vous avez perdu un tel seigneur.
Vous avez bien sujet d'en être tout éperdus.
Mort déloyale, qui ne veux rien entendre,
si tu l'avais laissé vivre soixante ans,
la durée légitime de sa vie,
et qu'alors tu avais prélevé ton tribut,
l'effet aurait pu être moindre.
Mais sa valeur venait de se manifester :
n'as-tu pas causé un grand malheur
en le faisant mourir à son retour ?
Mort déloyale, mort ignoble,
je ne puis m'empêcher de te blâmer
quand je me souviens de ses hauts faits
devant Tunis,
où il a exposé ses biens et sa personne.
Il était le premier à sortir pour l'attaque,
le dernier à rentrer.
Il ne prenait garde à ses dépenses
ni en argent ni en vivres et en équipements ;
Savez-vous ce qui occupait sa pensée ?
De rendre visite aux gens de mérite.
Il se comportait à table en vrai serviteur ;
au sortir de la table, c'était un compagnon
plein de toutes les qualités,
un égal pour les barons, un père pour les pauvres,
pour ceux de moyen état, un compagnon, un frère,
sagace et réfléchi au conseil,
rapide et sûr aux armes,
si bien que dans toute l'armée il n'avait son égal.
Deux fois par jour il faisait tremper la soupe
pour rassasier les affamés.
Celui qui l'aurait dit orgueilleux
et l'aurait vu ensuite à table
se serait tenu pour menteur.
Sa troupe était vaillante et forte
car son aspect et ses efforts
donnaient aux autres du courage.
Jamais on n'a vu un homme aussi jeune
se comporter si bien
au guet, dans une mêlée, dans une embuscade.
Celui qui l'avait vu en Champagne
ne le reconnaissait pas à Tunis,
car c'est dans le besoin qu'on connaît l'homme de valeur ;
vous le savez, en fin de compte :
celui qui vit en paix chez lui,
on le tiendrait pour un fou complet
d'aller se battre contre les murs.
J'entends ainsi réduire à néant
les méchants propos, si on en a tenu,
car sa vaillance en fait justice.
Quand c'était son tour de faire le guet,
chacun était aussi en sécurité
que dans une tour,
car toute l'armée était comme ceinturée de murs.
Chacun était alors en sécurité,
car son guet valait une muraille.
Quand ses hommes rentraient,
ils trouvaient tout préparé :
tables dressées, nappes blanches mises.
Là, le bon exemple était donné
avec tant d'élégance,
le roi se comportait de telle façon,
que je suis heureux de le rappeler,
parce que nul ne le conteste
et que tous ceux qui le virent à l'oeuvre
m'en donnent le témoignage,
sans que j'en trouve un seul pour soutenir
que ce qu'on dit de lui n'est pas vrai.
Roi Henri, frère du vaillant roi,
que Dieu vous inspire des dispositions aussi bonnes
qu'au roi Thibaud votre frère :
vous êtes déjà le fils d'un si excellent père.
Pourquoi vous retarder
en prolongeant mes propos ?
Tout ce que le roi Thibaud faisait
plaisait à Dieu et au monde.
Fontaine de courtoisie,
il avait toutes les vertus sans nulle faiblesse.
Ce que j'ai entendu et appris
de maître Jean de Paris,
qui l'aimait aussi profondément
qu'un homme de bien peut aimer son seigneur,
m'a permis de traiter mon sujet ;
mais trois jours ne suffiraient pas à l'épuiser.
Messire Erart de Valéri,
à qui jamais chevalier
ne fut comparable en loyauté,
Dieu, grâce à vous, l'avait fait tel qu'il était :
il n'en est pas resté de meilleur que lui
ni qui puisse être si honoré au loin.
Prions le Père glorieux
et son cher et précieux Fils,
ainsi que le Saint Esprit,
source de toute qualité,
et la douce Vierge
qui fut la mère et la servante de Dieu,
de lui accorder une place
au Paradis avec les saints martyrs.

 

Rutebeuf

 

Cuadro de texto:

Relicario del corazón de Teobaldo II de Navarra Champagne, capilla del convento de los Cordelières Jacobinos de Provins , último tercio del siglo XIII. Piedra con restos de huellas de policromía.

En la parte superior, un botón de cristal permite visualizar un pequeño corazón de piedra. En la parte inferior, bajo los arcos góticos se presentan seis monjes dominicos mostrando el rezo continuado que el convento de los Jacobinos de Provins debía mantener por el alma y memoria del rey-conde fallecido. Se considera que esta fué obra del mismo artista que trabajó la tumba de Luis de Francia, hijo de San Luis . Se ha fechado en el año 1275.